Groapa – Le Grand Dépotoir   Leave a comment

Extrait chanteur Zavaidoc – Le Grand Dépotoir d’Eugen Barbu

Il y a quelques temps, je me suis plongé dans un livre dont l’action, ou plutôt, les actions (car il s’agit de plusieurs récits imbriqués) se déroulent dans le Bucarest de l’entre-deux-guerres: Groapa, d’Eugen Barbu, Le Grand Dépotoir dans sa traduction française. Début décembre, la traductrice Laure Hinckel et l’éditeur de Denoël, en avaient fait le lancement à l’Institut Culturel Roumain. Etaient également présents quelques écrivains roumains contemporains tels que Dinu Flamand et Magda Carneci, qui ont témoigné des facettes contrastées de l’auteur Eugen Barbu. Eugen Barbu n’a pas hésité à s’attaquer à tous les écrivains qui élevaient leur voix contre la dictature communiste, puis après la chute de Ceaucescu, à se consacrer à un combat politique nationaliste rappelant celui des années noires 1930.

Le titre Le Grand Dépotoir garde l’allitération de Groapa, une grande décharge de gravats et de détritus, dont le glissement sur la pente de la Fosse constitue un fond sonore perpétuellement présent dans les chroniques, quoique presque imperceptible.

Barbu a mis une dizaine d’années à compiler ces chroniques de la vie populaire qui se développait autour de cette fosse à déchets à la limite nord-ouest de Bucarest (« Fosse de Watt » – Groapa lui Ouatu), dans les quartiers de la Cuţarida et de Griviţa, qu’entrecoupent les chemins de fer rayonnant de la Gara de Nord. Ces récits abondent de termes argotiques, ainsi que de termes caractéristiques des activités, métiers et coutumes de l’époque. Les phrases courtes, rythmées, des tournures qui maintiennent l’attention du lecteur. La lecture rappelle un peu les contes urbains d’Isaac Babel, où des artisans et petits commerçants s’installent et luttent pour leur survie, où des tire-laines se mesurent au Staroste (le caïd), où des noces attirent tout le quartier, où on suit des funérailles attirant foules, où les amours se font et défont par la force des choses, où les Tziganes enchantent les soirées par leurs violons et accordéons.

Au tournant de la centaine de pages me venait régulièrement la question: mais d’où sort-il toutes ces histoires, cet Eugen Barbu? Il a dû traîner dans ce monde où la survie prime sur le sentiment. On a pu comparer ce roman aux écrits de Zola. Mais là où chez Zola, on discerne des injustices à combattre, ici, les injustices et violences sont acceptées et glorifiées de façon fataliste. L’intérêt du Grand Dépotoir réside dans le fait qu’il s’agit d’un tableau réaliste du peuple bucurestois des années 1920. De fil en aiguille on s’intéresse à cet auteur à double, voire triple identité; son père Nicolae Crevedia était écrivain, mais il a été déclaré/élevé (?) fils du cheminot Nicolae Barbu, ce qui faisait quand même plus respectable dans les premières années de terreur communiste. On s’intéresse à la vie dans ces quartiers de la Mahala (faubourgs), à leur environnement culinaire, vestimentaire, religieux, aux chanteurs de cabarets tels Zavaidoc.

Et pour cultiver l’intérêt, voici quelques liens:

Photos de la Pauvreté de naguère à Bucarest, sur le blog art-historia, dont des photos de « boueurs » (terme qu’emploie la traductrice Laure Hinckel pour les gens qui vivent de l’exploitation des ordures.

Une chanson de Zavaidoc. Beaucoup de chansons traditionnelles roumaines commencent par une attaque Foaie verde (Feuille verte), que j’interprète comme un regret mélancolique des jeunes années, du temps qui passe mais ce n’est ici qu’une supposition.

Une chanson récente qui évoque le Bucarest de l’entre deux-guerres: Mihai Margineanu – Jana

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Publié avril 1, 2013 par Arjen dans Ecrit en Français, Littérature

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